• Thomas Lemire commissaire d'exposition - crédit photo Motoki

  • À la croisée de la recherche, de la critique et du commissariat d’exposition, Thomas Lemire développe une pratique curatoriale engagée, attentive aux récits ordinaires et aux formes de vie souvent invisibilisées. Depuis 2024, il déploie à la Galerie municipale Jean-Collet un programme de recherche et d’expositions ancré dans le territoire de Vitry-sur-Seine.

     

    Parcours

    Né à Arras (Hauts-de-France) en 1998, Thomas Lemire est commissaire d’exposition, critique d’art et chercheur. Son travail s’inscrit dans une démarche curatoriale sensible et contextuelle, au croisement des récits ordinaires et de la critique sociale, en mettant l’accent sur les affects, le quotidien et les formes vernaculaires. Il conçoit des expositions qui mobilisent ces éléments – affects, esthétiques marginales et queer, formes populaires – pour interroger les systèmes de représentation liés au genre, à la classe sociale et à la morale.

    Son approche se distingue par une attention soutenue aux contextes locaux, aux récits intimes et aux formes artistiques émergentes, dans une logique participative et située. Il vise ainsi à proposer au public une expérience immersive et réflexive, où l’exposition devient un outil d’éducation populaire.

    Diplômé en études curatoriales à la Sorbonne et cofondateur du collectif soap, il collabore régulièrement avec le service des expositions temporaires du MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Depuis 2024, il est en résidence curatoriale pour trois ans à la Galerie municipale Jean-Collet, à Vitry-sur-Seine.

    Ses recherches actuelles portent notamment sur les imaginaires liés à l’hygiénisme contemporain, les normes sociales et les mécanismes d’assignation des corps. À travers un cycle d’expositions, des textes critiques et un travail documentaire, il analyse la manière dont ces logiques influencent les représentations et les pratiques culturelles.

    Parallèlement, il mène une recherche-action sur les questions d’éthique et de responsabilité dans le travail de l’art, notamment au sein du groupe « Pratiques éthiques » de C-E-A, et contribue à des outils de soutien aux artistes-auteur·ices.

     

  • Une démarche curatoriale située

    À travers les expositions qu’il conçoit, Thomas Lemire développe une approche qui articule étroitement recherche théorique, attention au territoire et implication des publics. Ses projets prennent appui sur des récits intimes, des pratiques quotidiennes et des formes culturelles souvent marginalisées pour interroger les normes sociales et faire émerger des contre-récits.

    Ses expositions fonctionnent ainsi comme des espaces d’expérience autant que de réflexion : elles invitent à reconsidérer les liens entre art contemporain et vécu, entre production artistique et réalités sociales, en faisant de l’exposition un outil critique et partagé.

  • Note d’intention — Repriser nos liens

    (Texte de Thomas Lemire)

    « Lorsque j’ai commencé cette résidence curatoriale, mon point de départ a été le territoire lui-même. Vitry-sur-Seine, avec son histoire dense et stratifiée (rurale, industrielle, migratoire…) est pour moi un véritable laboratoire : un espace où se croisent récits intimes, usages quotidiens, vulnérabilités et imaginaires collectifs. Habitant la ville depuis plusieurs années, j’ai voulu que cette résidence devienne un terrain d’enquête poétique, politique et d’éducation populaire, capable de révéler la fabrique de nos vécus.

    Pendant trois ans (aujourd’hui quatre), ma programmation mêle expositions, ateliers et rencontres pour créer des espaces de partage autour des récits ordinaires, des gestes, des sensations et des mémoires souvent invisibles. Je m’intéresse particulièrement à ce que j’appelle la poétique et la politique de l’ordinaire : ces histoires minuscules, ces gestes du quotidien, ces croyances, ces peurs urbaines ou ces manières de prendre soin qui, mises bout à bout, racontent autant de mondes possibles.

    Au cœur de ce projet se trouve la valorisation des pratiques vernaculaires : formes populaires, esthétiques marginales, gestes quotidiens et savoir-faire locaux. Ces éléments, souvent ignorés, constituent pour moi des contre-récits, des résistances et des manières de réinventer nos rapports au monde. À travers les expositions et les ateliers, je cherche à mettre en lumière ces pratiques comme autant de vecteurs de réflexion sur les normes sociales, le genre, la classe ou la morale.

    La résidence s’inscrit aussi dans une démarche participative. Les publics, jeunes ou moins jeunes, sont invité·es à co-créer certains projets avec la complicité de la chargée des publics Armelle Saulin et des artistes invité·es, donnant ainsi voix à leurs interrogations et inquiétudes, et explorant avec eux des formes d’expression et de médiation inédites. Plus largement, le projet interroge nos espaces domestiques et nos imaginaires liés à l’hygiène, aux normes sociales et à l’intime, en montrant comment ces logiques influencent nos pratiques culturelles et nos relations aux autres.

    À travers cette approche, je souhaite que l’exposition devienne un véritable outil d’éducation populaire, un lieu où se confrontent réflexion et expérience, où l’on peut repenser nos pratiques quotidiennes et explorer les vulnérabilités et résistances qui traversent nos vies et nos villes. Ce travail est aussi celui de repriser nos liens : entre artistes et publics, entre l’art contemporain et le quotidien, en montrant que créer, exposer et partager est un travail, que l’art n’est pas uniquement mondain ou éloigné de la vie des gens, mais qu’il peut s’inscrire dans leurs expériences, leurs gestes et leurs imaginaires. »

  • Exposition Eternal Sunshine

    Conçu comme un véritable « palais de mémoire », Marine Zonca et Audrey Prédhumeau proposent une immersion dans un espace sensible où réminiscences, perceptions troublées et sensations diffuses se répondent.

  • Exposition Les Lavandièr.es

    Entre mémoire intime et récit collectif, cette exposition explore les violences invisibles liées à l’obsession de la propreté, en faisant émerger les corps et les voix de celles et ceux que le nettoyage rend invisibles.

  • Exposition Coco Sour

    Entre corps, désir et normes hygiénistes, l’exposition de Victoire Gonzalvez interroge notre rapport à la propreté, à l’intime et aux constructions sociales qui façonnent nos représentations.

  • Exposition des galaxies dans des bols de lait

    Entre objets du quotidien et dérives cosmiques, l’exposition propose une expérience où le réel se déforme pour ouvrir des espaces d’imaginaire et de projection.

  • Exposition Folklore, petrichor

    Folklore, petrichor explore les traces du passé rural de Vitry et la persistance des croyances dans nos vies contemporaines. À travers récits, rituels et imaginaires collectifs, l’exposition interroge notre besoin d’enchantement et de sens.